Adoptée le 20 février 2025, la loi française dite « PFAS » établit un calendrier d’interdictions et une redevance visant à éliminer les per‑ et polyfluoroalkylés de nos produits et rejets. Dès le 1er janvier 2026, la fabrication et la vente de cosmétiques, farts de ski, vêtements et chaussures contenant des PFAS seront bannies, avant une extension à tous les textiles en 2030. La loi vise en outre zéro PFAS dans les effluents industriels et instaure un mécanisme pollueur‑payeur avec une redevance proportionnelle aux rejets.

Contexte et enjeux

Les PFAS, utilisés pour leurs propriétés anti‑adhésives et imperméables, se retrouvent dans des produits aussi variés que les cosmétiques, les emballages alimentaires, les textiles techniques ou les mousses anti‑incendie. Leur stabilité chimique leur vaut le surnom de « polluants éternels » et entraîne une bioaccumulation dans l’environnement et l’organisme. Des études ont montré une possible toxicité sur le système immunitaire et un lien avec certains cancers. Face à la multiplication des sites contaminés et à la mobilisation citoyenne, le législateur français a souhaité devancer la réglementation européenne en imposant des mesures ambitieuses. La loi s’inscrit également dans l’objectif de la directive européenne sur les eaux résiduaires qui exige un traitement quaternaire des micropolluants.

Calendrier des interdictions de produits

Le cœur de la loi repose sur un calendrier progressif d’interdictions. À partir du 1er janvier 2026, il sera interdit de fabriquer, importer ou vendre des cosmétiques, des farts de ski, des vêtements et des chaussures contenant des PFAS. Cette première étape cible des secteurs où des alternatives existent déjà (dérivés végétaux ou solutions sans fluor). Le 1er janvier 2030, l’interdiction sera élargie à tous les textiles, à l’exception de certains textiles professionnels ou de protection, pour laisser aux industriels le temps de s’adapter. Des dérogations temporaires pourront être accordées en l’absence de solutions techniques.

Les distributeurs devront mettre en place des procédures de traçabilité pour garantir l’absence de PFAS dans leurs références. Une information au consommateur, via un étiquetage spécifique ou des campagnes de sensibilisation, accompagnera cette transition. Les autorités sanitaires renforceront la surveillance des produits importés pour éviter les fraudes.

Principe pollueur‑payeur et redevance

En complément des interdictions, la loi met en place une redevance sur les rejets de PFAS. Toute entreprise rejetant plus de 100 g de PFAS par an devra s’acquitter d’une taxe de 100 € pour 100 g rejetés. Cette redevance applique le principe pollueur‑payeur et incite à réduire les émissions. Les recettes financeront des programmes de dépollution et des recherches sur des alternatives. Les industriels devront déclarer leurs rejets et mettre en place des systèmes de mesure. En cas de dépassement, des sanctions administratives et pénales sont prévues.

La loi prévoit également l’intégration des PFAS dans la surveillance de l’eau potable et la mise en place d’une trajectoire « zéro PFAS dans les effluents industriels ». Les exploitants d’installations classées devront adapter leurs stations de traitement pour atteindre ces objectifs, ce qui favorisera l’émergence de nouvelles filières de dépollution.

Techniques de traitement et d’élimination

Pour se conformer à ces obligations, différentes solutions technologiques peuvent être mobilisées. Les adsorbants, comme le charbon actif en poudre ou en grains, sont actuellement la méthode la plus couramment appliquée pour extraire les PFAS de l’eau. Efficace sur les composés à chaîne longue, le charbon actif doit être remplacé régulièrement. Les résines échangeuses d’ions peuvent capturer les PFAS chargés négativement, bien que leur utilisation en eau potable ne soit pas encore généralisée. Les membranes de nanofiltration ou d’osmose inverse offrent la plus grande efficacité en retenant une large gamme de PFAS. Ces procédés concentrent néanmoins les polluants dans un rejet qui doit ensuite être traité.

Des technologies destructives émergent pour dégrader les PFAS. Les procédés d’oxydation avancée (ozonation, UV/H₂O₂, électro‑oxydation) génèrent des radicaux libres capables de casser la liaison carbone‑fluor. La sonolyse crée des bulles de cavitation qui implosent et produisent des pressions et températures élevées. La catalyse piézoélectrique, quant à elle, combine concentration par mousse et réacteurs piézoélectriques pour dégrader plus de 99 % des PFAS. Veolia met en avant des solutions mixtes combinant nanofiltration et adsorption sur charbon actif qui peuvent être déployées par les petites communes.

Impacts pour les secteurs industriels et opportunités

Les secteurs des cosmétiques, de la glisse, du textile et de la défense devront repenser leurs formulations et trouver des alternatives aux PFAS. Certaines substances fluorées restent indispensables pour des applications critiques (protection incendie, équipements médicaux), mais des recherches sont en cours pour développer des composés biodégradables. La redevance obligera les industriels à investir dans des systèmes de traitement de leurs effluents et à monitorer leurs rejets. Les collectivités, quant à elles, devront intégrer ces paramètres dans leurs contrôles et adapter leurs stations.

Cette loi crée aussi des opportunités de marché pour les entreprises spécialisées dans la dépollution : fournisseurs de charbon actif, fabricants de membranes, développeurs de technologies d’oxydation avancée, laboratoires d’analyse. Les synergies avec la réutilisation des eaux traitées (REUT) sont nombreuses : en éliminant les PFAS et autres micropolluants, on améliore la qualité de l’eau recyclée et on favorise son acceptation. Pour comprendre comment ces sujets se recoupent, consultez nos articles sur la REUT en France et sur les micropolluants et microplastiques.

Conclusion

La loi française sur les PFAS vise à supprimer ces polluants persistants de nos produits et de nos eaux. En combinant interdictions progressives, redevance incitative et intégration des PFAS dans la surveillance sanitaire, elle place la France en pointe de la lutte contre ces substances. Les industriels devront innover pour substituer les PFAS et traiter leurs effluents, mais ils pourront s’appuyer sur un écosystème technologique en plein essor. En adoptant dès aujourd’hui des solutions efficaces, ils réduiront leurs rejets et amélioreront la qualité de l’eau pour l’ensemble des usagers.

FAQ

Quels produits sont interdits et à quelles dates ?

La loi bannit dès le 1er janvier 2026 les cosmétiques, farts de ski, vêtements et chaussures contenant des PFAS. Le 1er janvier 2030, l’interdiction sera étendue à tous les textiles, sauf certains textiles professionnels ou de protection.

Quel est le montant de la redevance PFAS et qui est concerné ?

Les rejets supérieurs à 100 g de PFAS par an sont soumis à une redevance de 100 € pour 100 g rejetés. Cette taxe s’applique aux industriels responsables d’émissions de PFAS. Les recettes serviront à financer des programmes de dépollution.

Quelles solutions existent pour éliminer les PFAS des effluents ?

Les technologies d’adsorption (charbon actif, résines), les membranes de nanofiltration ou d’osmose inverse et les procédés d’oxydation avancée sont les principales options. Le choix dépend de la concentration, du débit et du contexte réglementaire. La combinaison de plusieurs procédés peut offrir de meilleures performances.